L’enluminure ne se résume pas à de simples illustrations dans de vieux manuscrits ; c’est un art de la lumière, de la patience et de la matière. Dans la vidéo intitulée "L'art de l'enluminure", une artiste passionnée nous ouvre les portes de son atelier pour nous dévoiler les secrets d’une pratique qui traverse les siècles. Entre respect des traités médiévaux et expression personnelle, elle nous montre comment faire vivre cet "imaginaire médiéval" tout en y apportant une touche contemporaine.
Une Philosophie de Création : Le Grand Écart Temporel
L'objectif de l'artiste est clair : créer des œuvres qui conservent l'âme et l'esprit du Moyen Âge, tout en y injectant une sensibilité moderne. Ce qui la fascine par-dessus tout, c'est ce "grand écart" entre le monde médiéval et le XXIe siècle [00:28]. Elle puise dans le bestiaire fantastique et les motifs anciens pour les faire découvrir à un public qui, souvent, ignore la richesse et la diversité de cet art. Pour elle, l’enluminure est un moyen d’expression vibrant qui permet d’utiliser des couleurs propres et une vision artistique singulière tout en restant ancrée dans une tradition séculaire [00:22].
La Fondation de l’Œuvre : Le Choix du Support
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'enlumineur ne travaille pas sur du papier classique. La première étape cruciale est la préparation du support. L'artiste utilise du parchemin, et plus précisément de la chevrette (peau de jeune chèvre) [00:35]. Ce support organique offre une texture et une longévité incomparables.
Le processus de préparation est rigoureux :
- Le ponçage : Pour obtenir une surface lisse et apte à recevoir les pigments.
- L'enduit au Blanc de Meudon : Cette étape permet de bien assécher la peau et de préparer la surface pour le dessin [00:40].
Une fois le parchemin prêt, l'artiste réalise son croquis sur un carnet de dessin avant de le calquer et de le reporter délicatement sur le support final [00:45].
L’Éclat de l’Or : Techniques de Dorure
L'or est l'élément central qui donne son nom à l'enluminure (du latin illuminare, éclairer). La vidéo nous présente deux méthodes distinctes pour poser la feuille d’or, chacune répondant à un besoin esthétique différent.
La Dorure en Relief (L'Assiette à Dorer)
Pour obtenir un effet de volume et de brillance intense, l'artiste prépare une "assiette à dorer" [01:07]. Il s'agit d'un mélange complexe réalisé selon des recettes médiévales. L'artiste précise qu'il n'existe pas de quantités ou de temps précis dans les traités anciens ; chaque enlumineur "ajoute un peu de sa patte" [01:12]. Cette préparation crée un léger bombement (un relief) sur lequel la feuille d'or viendra se coller, captant ainsi la lumière sous différents angles.
La Dorure à Plat (La Gomme Ammoniaque)
Pour un rendu plus discret, souvent utilisé pour les fonds, l'artiste emploie une technique plus rapide utilisant la gomme ammoniaque [01:42]. Cette gomme résine est préparée avec du vinaigre d'alcool. Après avoir appliqué plusieurs couches sur le dessin, l'artiste utilise une méthode fascinante pour coller l'or : elle souffle sur la gomme pour la ré-humidifier et la réchauffer par la chaleur de son souffle [02:13]. La feuille d'or, extrêmement fragile, ne doit jamais être touchée avec les doigts au risque de se désintégrer [02:07]. Elle ne se fixera que sur les zones préparées à la gomme.
L’Inspiration Romane et le Bestiaire Fantastique
L'artiste confie une fascination particulière pour l'art roman [02:34]. Elle s'inspire énormément des sculptures des chapiteaux romans, très présents en Poitou-Charentes. Historiquement, il existait une passerelle entre les arts : les sculpteurs s'inspiraient des enluminures pour leurs motifs. Aujourd'hui, cette artiste fait le chemin inverse en redessinant les animaux fantastiques sculptés dans la pierre pour les réintégrer dans ses pages de parchemin [02:44].
L’Alchimie des Couleurs : Pigments et Détrempes
La fabrication des couleurs est un processus lent et presque alchimique. L'artiste utilise des pigments naturels, comme le cinabre, pour obtenir le "rouge vermillon" si caractéristique des manuscrits anciens [02:56].
Les pigments sont broyés avec une détrempe, une préparation liante basée sur des recettes médiévales [03:13]. Pour conserver ces mélanges naturels sans qu'ils ne se dégradent, l'artiste utilise une astuce ancestrale : l'ajout d'une goutte d'eau de clous de girofle [03:19]. C'est, selon elle, le meilleur conservateur naturel qui soit.
Le travail de la peinture se fait par couches :
- On commence par une base solide avec des couches transparentes très légères [03:30].
- On superpose ces couches jusqu'à obtenir une opacité parfaite.
- Ce n'est qu'une fois cette base sèche que l'artiste peut travailler les détails et les finitions sans risquer de déplacer les pigments inférieurs [03:44].
Une Modernité Insoupçonnée
En conclusion de son témoignage, l'artiste souligne que l'enluminure est souvent mal connue. On la réduit souvent aux seules lettrines ou aux pages fleuries du XVe siècle [03:51]. Pourtant, elle insiste sur le fait que l'enluminure romane possède un modernisme étonnant [04:03]. Paradoxalement, plus on remonte dans le temps, plus les formes et les compositions peuvent sembler modernes et audacieuses à nos yeux contemporains [04:09].
Ce voyage au cœur de l'atelier de AB Enlumin-art nous rappelle que l'art médiéval n'est pas une relique figée, mais une source d'inspiration inépuisable pour ceux qui savent prendre le temps de maîtriser la matière et la lumière.
Pour découvrir ces gestes en images, vous pouvez visionner la vidéo complète ici : L'art de l'enluminure
Laisser un commentaire
Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *


